Paranoïa?

Toute cette histoire d’eau potable polluée me monte à la tête! Suis-je en train de devenir paranoïaque? Je suis à Londres, je viens de passer la nuit dans un hôtel où j’ai mes habitudes depuis 2003, le Sheraton Park Lane Hôtel, sur Piccaddilly. A l’enregistrement, on me signale que l’hôtel collabore avec la police londonienne sur une enquête dont j’ai probablement entendu parler à la télé. Une lettre d’information détaillée m’attend dans ma chambre.

La lettre me plonge dans la perplexité : des traces de radioactivité ont été découvertes au huitième étage (je suis au troisième). Pour plus d’information, on me renvoie vers deux sites web, dont celui du Ministère de la Santé anglais. Je passe la nuit à me demander combien de nuits j’ai passées au huitième étage depuis 2003, comment il est possible qu’un hôtel de ce calibre découvre ce type de problème, comment est-ce que cette radioactivité a pu s’installer, quels sont les risques pour ma santé?

Tout ce qui me tombe sous la main dans la chambre augmente mon énervement: la petite carte dans la salle de bain qui prétend sauvegarder l’environnement en ne lavant pas les serviettes tous les jours serait plus crédible dans des chambres non radioactives ; je trouve déplacées les deux autres cartons couleurs placés stratégiquement près du téléphone et sur l’oreiller qui me proposent de donner une livre sterling à l’Unicef : je ferais peut-être mieux de donner une livre à une association de recherche contre le cancer?

Mon monologue intérieur nocturne conduit aussi à une réflexion sur la responsabilité individuelle : combien de personnes impliquées dans la chaine d’événements qui a conduit à faire dormir des centaines de personnes dans des chambres contaminées ? Comment sauver la planète si chacun des maillons de ce type de chaine de responsabilité ne prend pas conscience d’être personnellement et collectivement responsable ?

On dit dans tous les bouquins de vulgarisation de management que la force d’une chaine, c’est celle de son maillon le plus faible – comment faire pour que ce principe de base, dans un monde hyper connecté, organisé en réseaux plus qu’en chaines, prenne tous son sens au quotidien, dans chacun de nos gestes?

Soulagement ce matin: le responsable de l’hôtel (“Duty Manager”), très rassurant, m’explique que l’enquête est liée à l’assassinat de l’espion russe Alexandre Litvienenko, que l’on cherche des traces de l’isotope radioactif polonium 210 dans une chambre très spécifique du huitième étage. C’est là qu’aurait résidé une des personnes ayant rencontré l’espion russe peu de temps avant qu’il ne tombe malade des suites de son exposition. Me voilà soulagée, en partie. Tant que la responsabilité de chacun ne sera pas plus engagée, plus forte, pour qu’un événement de ce type devienne totalement improbable, je continuerai à entretenir mes penchants paranoïaques.

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